Vendredi 26 septembre 2008

Je rend, ici, un vibrant hommage mêlé d'une infinie gratitude à toutes ces personnes admirables qui se dévouent pour ces femmes en détresse dont j'ai fait partie, que se soit au niveau humain, mental, physique, social ou juridique. J'ai une immense reconnaissance pour ces êtres charismatiques qui ont veillés sur moi lorsque je n'avais ni l'envie ni la force ni l'énergie de le faire moi-même, ces anges gardiens qui ont mis un baume sur mon coeur meurtri s'appellent pour les douleurs de mon âme, Patrick ( Cette écoute pleine de compassion et de tendresse qui est restée solide lorsque je la mettais à rude épreuve dans les moments de grande détresse), Nathalie ( Mention spéciale pour son rire contagieux, son écoute pleine de sensibilité et d'humanité et merci pour tous ses Kleenex !) Karine (Chaleureuse, d'une grande douceur pleine de tact). Puis, pour le juridique, Elisa ( Délicieuse de gentillesse, charmante et profondément humaine), Evelyne, Mme Cros et tant d'autres pour le social. Les Dr M et Dr G, ils sont les premiers à m'avoir crus et aidés à prendre conscience! Ils m'ont, tous et chacun dans leur partie, écouté, soutenu, aidé, guidé et surtout protégé de moi-même et de lui. Les mots sont trop faibles pour décrire toute l'intensité de ma tendresse, de mon affection, de mon amitié dans ce qui a été une véritable rencontre, par-delà le contexte, avec ces êtres profondément humains et généreux. Je n'oublie pas non plus tous ceux qui m'ont entourés de leur chaude amitié et de leur gentillesse, je ne les cite pas par discrétion, mais je sais qu'ils se reconnaîtront. Toute cette chaîne d'amitié qui m'a entourée de diverses manières a grandement contribué à mon rétablissement . Merci d'être là... Et de m'avoir réconciliée avec le genre humain!

A vous mes six enfants, avec tout mon Amour, pour votre tendresse indéfectible, votre aide, votre soutient! Merci pour avoir toujours cru en moi, en ma force, bien avant moi, alors que j'allais si mal.

 A toi, K. Avec cette pudeur qui nous caractérise, mais qui en dit long, très long... Mon autre pudeur fait que jamais, jamais je ne t'ai raconté ma douleur. Mais tu l'as ressentie, et tu y as posé délicatement, pudiquement, comme un baume, tout ton amour. Tu m'as rendu à moi même. Tu as été, tu es, tu resteras mon oasis dans le désert. Merci pour ta délicatesse, ton amour, ta tendresse et ton respect pour la femme que je suis devenue, telle que je suis...

A vous, qui me lisez, si un jour vous êtes au bord du gouffre, si vous faites partie de ces femmes blessées et martyrisées,sachez qu'il existe des êtres merveilleux qui ne demande qu'à vous aider... Osez dénoncer, fuir, ne restez pas seules face à la violence, croyez en vous avant qu'il ne soit trop tard, vous valez mieux que ce qu'Il vous dit... Cent fois, mille fois mieux, Vous êtes un joyau qu'il envie et que vous vous devez à vous même de protéger! Personne n'a le droit de vous insulter, de vous brimer, de vous frapper, de vous marthyriser, même au nom de l'amour! L'amour est fait de joie, de bonheur, de respect de l'autre et de ce qu'il est! Et cet amour, vous le méritez! Cet amour, vous y avez droit!

Vous lirez cette autobiographie dans son premier jet, sous forme de courts épisodes, que je rajouterai ponctuellement. Ensuite je  publierai sa forme définitive en librairie.

Avec toute mon amitié,

Le Sphynx


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Vendredi 26 septembre 2008
"13 Octobre 2003":

J'ai décidé de tenir un journal pour relater mon histoire vécue avec mon mari, un homme violent, au cas où il m'arriverait quelque chose de définitif... Je tiens à dire que je me sens en danger. J'ai informé ma mère, mes enfants que je tenais ce journal et de l'endroit où je l'ai caché, à remettre à la gendarmerie, en cas d'hospitalisation dûe à un "accident" ou un "décès précoce".

Ces mots écrits sur mon journal, commencé trois mois après notre mariage, furent le début d'une longue plainte douloureuse et silencieuse qui dura trois longues années.



Le 39.19 pour vous aider

La permanence téléphonique « Violences conjugales info », au numéro 39.19 (coût d’un appel local) répond aux questions, offre une écoute attentive aux femmes victimes de violences conjugales, du lundi au samedi de 8 à 22 heures et les jours fériés de 10 à 20 heures.

Si vous êtes victimes de viol, une autre permanence téléphonique existe : « Viol femmes informations ». Téléphone : 0.800.05.95.95, du lundi au vendredi de 10 à 19 heures (appel anonyme et gratuit pour toute la France).
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Vendredi 26 septembre 2008
C'était  un Vendredi, en Mars 2002, la veille des fiançailles de nos enfants respectifs. Ma fille Emilie et son futur mari Sacha nous avaient invités, tous les trois, Georges le père de mon futur gendre, le père de ma fille mon ex-mari Michel  et moi même, Isabelle, à un déjeuner de présentation. J'avais porté un soin particulier à mon apparence, coiffeur, manucure, maquillage léger autour de mes yeux bleus et rose à lèvres. J'étrennais ce jour là une nouvelle tenue, une jupe légère, droite, bleue marine avec un pli creux devant qui m'arrivait aux chevilles, un pull fin d'un beau bleu lavande lumineux, échancré d'un grand V devant et derrière. Je jetais négligemment sur mon cou et la laissant flotter derrière moi, une longue écharpe de soie bleue tendre à motifs floraux rosés. Mes pieds chaussés d'escarpins à talons aiguilles bleus marine, je virevoltais devant mon miroir, détaillant d'un oeil critique ma mince silhouette ainsi parée, faisant bouffer mes cheveux blonds de mes doigts, comme je le fais toujours pour augmenter leur volume, j'avais les yeux cernés d'une nuit sans sommeil, mais le reflet de la glace me montrait une femme pétillante, pimpante, ce que j'étais alors. Satisfaite de mon apparence, je mis en dernière touche finale, mon parfum préféré "Champs Elysée de Guerlin". La musique d'UB40 "Food for Throught", emplissait l'appartement de sa connotation exotique, j'aimais son tempo qui emplissait mon coeur d'une joie profonde et exaltait mon penchant à la rêverie. J'avais le coeur en miette, mais j'étais décidée à faire taire cette souffrance de l'abandon en moi, à quarante-six ans, j'étais encore séduisante et je voulais me le montrer, comme une revanche contre l'homme aimé qui était parti et un refus du désespoir qui voulait m'envahir, me sentir belle en apparence, pour que rien de ma souffrance ne transparaisse. J'allais faire la connaissance du père de mon futur gendre, le futur beau-père de ma fille, celui que ma fille aînée, jeune fiancée amoureuse, me décrivait avec admiration:" Maman, tu verrais comme il est gentil, galant, posé, solide, c'est un homme comme cela qu'il te faudrait!" "N'importe quoi!" lui rétorquais-je en haussant les épaules.

J'éteignis la musique, quittais mon appartement d'un pas léger, la tête haute, les épaules redressées, indépendante, fière et battante vers mon destin, ce destin qui vous emporte quelquefois allégrement pour une belle balade heureuse ou à contrario vous embarque dans une galère qui vous blesse à jamais.

Il" est soudain apparu dans l'encadrement de la porte d'entrée du studio de son fils, le père de mon futur gendre: Haute silhouette bedonnante du quinquagénaire, les épaules carrées, de longues jambes fortement musclées de l'ancien officier militaire et ancien officier des sapeurs pompiers de la ville de Paris, rompu aux exercices, j'ai été impressionnée par sa stature qui emplissait le hall d'entrée, sa forte présence m'interpella malgré un je ne sais quoi d'un peu efféminé dans sa manière d'être qui dénotait une certaine fragilité. Des cheveux châtains clairs, courts et fins, coiffés méticuleusement sur le côté, sans raie. Des yeux marrons-verts  bordés de cils pâles et rehaussés de sourcils clairsemés,qui me dévisageaient et m'évaluaient sans en avoir l'air. De grandes oreilles décollées. Un visage sans grâce, marqué de rides profondes, crépis de points noirs, au teint grisâtre du fumeur, les traits lourds d'une vie désabusée. Les lèvres minces aux commissures tombantes, recouvrant des dents noircies par la nicotine. Il portait un costume de ville beige clair, le pli du pantalon   soigneusement repassé. Il avait la démarche lente et légèrement voûtée . Ses pieds chaussés de mocassin, semblaient ne pas tenir en place. Il entra dans la pièce principale, me saluant très courtoisement, comme il sied à un Lieutenant-Colonel,  ma main prisonnière dans sa grande main puissante, chaude, forte, aux doigts courts, épais, jaunis par le tabac, la paume très large, des mains comme des battoirs... Sa voix posée, un peu traînante, ponctuée de soupirs comme un malaise latent, donnait l'impression qu'il portait toute la misère du monde. Il se mit à parler instantanément d'une voix forte et coléreuse de son dépit de n'être pas accompagné de sa compagne Joëlle, qui avait refusé de venir aux fiançailles des enfants." J'en ai marre disait-il, ce n'est pas la première fois qu'elle me fait le coup, elle part, elle revient, elle repart, je veux la quitter, je n'en peux plus!" Cette souffrance et cette exaspération que je sentais en lui, trouva un fort écho en moi qui venait d'être abandonnée la veille par l'homme que j'aimais. Je sentis confusément que cet homme me touchait au plus profond de mon être. Tout  le chagrin que j'avais refoulé au fond de moi m'inonda brusquement et je regardais cet homme avec compassion, me sentant en symbiose parfaite dans la peine que nous ressentions.
Nous eûmes spontanément, une forte connivence, nous épanchant sur nos chagrins respectifs, nos espoirs déçus, nous nous sommes racontés nos peines, lui, son veuvage et ses trois enfants orphelins de mère,( je sais par Emilie, que son épouse est décédée accidentellement en glissant dans sa baignoire) sa fille aînée Amélie qu'il ne voyait plus, son quatrième enfant issu d'une autre union, ses parents, sa compagne du moment, Joëlle, dépressive, avec laquelle, il entretenait depuis cinq ans, une relation chaotique et très malheureuse. Moi, sur les grandes lignes de ma vie et mes galères. Nous étions en sympathie et en confiance, ce fut ainsi toute la journée. Le soir, je remontais dans ma voiture pour regagner mon appartement, la pensée de l'autre m'envahit à nouveau et je luttais contre ma souffrance, quand mon portable sonna, la voix d'Emilie, joyeuse : " Maman, où es-tu? Tu peux revenir? On va boire un pot? Georges est près de moi, "Il" te demande d'accepter son invitation à boire un dernier verre?" J'hésite, fatiguée, morose, je n'ai pas trop la tête à faire la fête, mais je cède, espérant ainsi l'amnésie quelques temps encore, un sursis. Je fais demi-tour dans la nuit noire et retourne vers les lumières de la ville, désabusée. Ils m'attendent tous les trois, souriants, devant " Le Tacot", un café sympa à la décoration originale sur le thème des vieux trains d'autrefois, chaque table est placée dans une alcôve d'un compartiment d'un petit wagon, les lampes de cuivre sont tamisées créant une atmosphère intimiste, une musique blues en sourdine apporte une douceur apaisante, sereine. Je regarde ma grande, elle est rayonnante de bonheur, elle est amoureuse, la lumière cuivrée des lampes et la bougie sur la table, lui donnent un certain halo surréaliste de toute beauté, elle est belle ma fille! Georges est à ma gauche, je le sens empressé auprès de moi, attentionné, je lui souris, touchée par sa sollicitude. Nous passâmes ainsi, tous les quatre, une soirée une soirée délicieuse, à parler, rire, une merveilleuse complicité nous lie, même si Georges est plus réservé que nous trois et que jamais un rire ne viendra le secouer, petit à petit l'étau de mon coeur se desserre, m'apportant un peu de répit. "Il" est tout à fait charmant, galant et sa timidité m'émeut. De plus "Il" a su se montrer un compagnon  fort agréable, distrayant, cultivé, attentionné et d'une galanterie rare. Je reprend le volant de ma voiture , vers une heure du matin.  Je pense à tout cela tout en roulant, la musique à fond, je me remémore cette soirée. Je me gare  au pied de mon immeuble, pour ne pas réveiller les voisins. Je monte les marches qui mènent à mon appartement, à pas de loup, je mets la clé dans la serrure, pousse la porte, allume la lumière et là, le vide, le manque de l'autre me saute aux tripes.
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Samedi 27 septembre 2008

Le lendemain, le réveil est douloureux, ma main cherche "l'autre" dans le lit, je me tourne vers sa place cherchant animalement une trace de sa présence, aspirant goulûment son odeur, les larmes me submergent et j'enfouis mon visage dans son oreiller, toute ma douleur l'inonde alors. Je ne sais comment je vais surmonter cette séparation, car la souffrance du manque est là, présente à chaque seconde. Je dois me contenir, car aujourd'hui, enfin ce soir, ce sont les fiançailles de ma grande fille, je lui dois de rendre ces moments heureux, inoubliables. Même si "L'autre", aussi invité aux fiançailles  a choisi la veille, pour me faire part de ses doutes quant à nous et de son hésitation entre moi et son ex! Je lui ai alors fait ses valises prestement en son absence, j'ai choisi pour lui et lorsqu'il  rentre de je ne sais où, tout abasourdi il me voit lui tendre son sac, ses affaires et lui dire fermement:" Tu t'en vas, et ne reviens jamais!" Cela n'avait que trop duré! Ce qui n'empêchait pas la souffrance de la séparation, je l'aimais. Mais je n'acceptais plus ses mensonges que je sentais confusément, ses hésitations, son manque d'engagement réel alors que notre mariage était prévu pour le mois de Juillet. J'étais une femme indépendante et fière qui menait sa vie tambour battant, envers et contre tous. Surmontant chaque obstacle, en trouvant en moi cette force herculéenne qui me caractérise, pour continuer à avancer dans la vie.

-: "Allo, Maman, tu es réveillée? Tu as bien dormi?"

C'est Emilie, ma grande, ma complice, elle me lance tout-à-trac d'un air très étonné et incrédule.

-:" Dis donc, Man, il y a Georges qui veut que je lui donne ton numéro de téléphone, qu'est-ce-que je fais? Je ne sais pas ce qu'il cherche, avec mon chéri, on se pose des questions, qu'est-ce que je fais? Je lui donne?"

La soirée d'hier, me revient en mémoire, comme une bouffée de douceur. Je répond après une courte hésitation: -

-:"Ok, donne le lui! " Le rire joyeux de ma fille résonne dans le combiné:

-:" Bisous Man, A+! "

-:" Bisous ma chérie! ".

Je raccroche, émue, je me lève et entre dans la salle de bain me préparer un bon bain moussant, accompagné d'une musique zen, je me délasse dans mon bain réfléchissant posément à ce qui m'arrive. Dois-je refuser l'amitié de cet homme galant, à l'écoute? Je me remémore le son de sa voix, sa conversation agréable, ses attentions. Puis la journée s'écoule lentement, je fixe mes pensées sur les fiançailles de ma fille, essayant de laisser le souvenir de " l'autre " loin de moi.

Le soir venu, je me prépare pour un des moments les plus important de ma fille, ses fiançailles, j'enfile une petite robe noire très classe, près du corps, à la découpe originale. Un sautoir de perles. Des escarpins noirs à hauts talons, leur brides entourant mes chevilles, chaussent mes pieds . J'enveloppe mes épaules, d'une étole de soie grise cendrée et rose pastel. Me voici parée pour faire honneur à ma Douce. Nous nous retrouvons au restaurant, où, bien entendu, Georges se place près de moi, il y a aussi mon ex- mari Michel, son jeune fils Alvin né d'une autre union et nos deux tourtereaux, Emilie et Sacha, héros de la fête. Georges et moi, continuons à partager cette connivence, à converser longuement, à philosopher, nous sommes en verve, si bien que mon ex m'en fait la réflexion en aparté: " Tu ne parles qu'avec lui!" " Oui et alors?" Hormis avec les enfants, la conversation de cet homme m'enchante, nous n'arrêtons pas une minute de discuter, pas un silence ne vient peser sur cette complicité. La soirée se passe dans une ambiance chaleureuse et ma Douce est d'une beauté à couper le souffle, elle rayonne de cet aura particulier que donne l'amour. Je regarde son bonheur, je lui adresse un sourire complice, la lumière brille dans ses beaux yeux bleus. Plus tard, j'irais me coucher, avec dans mes pensées, la douceur de cet instant.

Le lendemain, Dimanche, après une courte nuit, le souvenir de "l'autre" me réveille soudain et la douleur du manque se fait à nouveau ressentir. Je me lève, ne pouvant plus supporter de rester dans le lit. J'erre dans cet appartement, l'âme en peine, je téléphone à ma mère pour lui dire que je vais mal, elle me propose de passer quelques temps chez elle, pour me reposer et reprendre mes esprits. Ce que j'accepte avec empressement. Je resterais chez elle une quinzaine de jours, à essayer de reprendre pieds. Lors de ce séjour, Georges, me téléphonera tous les jours, plusieurs fois par jour, jusque tard dans la nuit souvent, tant et si bien que j'use toutes les batteries des téléphones sans fil de l'appartement de ma mère, nous parlons de divers sujets, musique, théâtre, lecture, la vie, la religion, nos professions, lui, après sa retraite de l'armée, a retrouvé une nouvelle situation en tant que directeur d'un centre de réinsertion de détenus et moi, je suis aide-soignante. Nous parlons énormément, il m'apaise, me réconforte, me soutient et son amitié m'est devenue précieuse, j'attends ses coups de fil qui me font du bien et m'aide à surmonter ma peine. Il me promet qu'à mon retour chez moi, il passera un WE chez son fils Sacha et que nous pourrons ainsi nous revoir, en tout bien tout honneur. Cette promesse me tracasse, par ce que je pressens de son intérêt pour moi, mais je trouve tellement de plaisir à sa conversation et à la musique de sa voix au téléphone. Puis je retourne chez moi et ma vie reprend son cours.

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Dimanche 28 septembre 2008

Ce jour là, je porte une jupe à fond imprimé dentelles gris perle et de fleurs couleur grenat et vieux rose, un gilet grenat entrouvert sur un caraco rosé, un collier de perle nacré, dont j'aime entendre le cliquetis délicat lorsque je joue à faire rouler les perles entre mes doigts. Je suis maquillée, coiffée, parfumée, comme toujours, même dans les pires moments de ma vie, je garderai toujours le réflexe de prendre soin de mon apparence. Le téléphone portable sonne, vers la fin de matinée, c'est Emilie et son  fiancé Sacha.

- :" Allo, Man, figure-toi qu'on a vu, Georges, sortir de chez un fleuriste avec un énorme bouquet ... Il nous a dit qu'il sortait faire une course. Quand il nous a vu, il a essayé de se cacher, mais trop tard... Il est découvert..." Me dit-elle en riant. " Je crois que tu vas avoir de ses nouvelles très bientôt... Il cherche quoi au juste? Tu nous raconteras, hein Maman?"

Effectivement, peu de temps après, mon portable sonne, je décroche et Georges se présente déjà, comme:

- :" Allo, c'est moi! J'aimerais te voir, je peux passer?"


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Dimanche 28 septembre 2008

Je suis un peu gênée par cette intrusion à mon domicile mais j'accepte, après tout, il est charmant. Je lui indique l'endroit où je réside et une demi-heure plus tard, il sonne à ma porte, j'ouvre et à mon grand étonnement, je le découvre derrière un superbe bouquet de fleurs, embarrassé par une énorme timidité. Il se tient là devant ma porte, appuyé sur le chambranle, tel un enfant prit en faute, ne sachant qu'elle contenance adopter, un de ses rares sourires figés sur les lèvres, me scrutant intensément, puis fuyant mon regard. Je trouve cela très touchant, je lui souris, le fais entrer dans mon intérieur et tout naturellement nous entamons une conversation amicale, il a prit le ton de la confidence, de l'écoute attentive, et moi, ce jour là, je ne gère pas très bien encore le chagrin de ma rupture, je lui raconte ma peine, ce mariage avorté qui devait avoir lieu en Juillet, ma robe de mariée commandée et dont je ne sais plus que faire, la douleur de l'abandon. Et lui se montre d'une grande compassion et me répond le plus sincèrement du monde:

- : "On n'a pas le droit de faire du mal à une petite femme comme toi, tu es merveilleuse! Moi, si tu veux je t'épouse! Et je te paie ta robe de mariée! Je suis sincère!"

Moi, estomaquée:- : " Je te remercie, Georges, c'est très gentil de ta part, mais tu sais je suis un peu échaudée et puis pour se marier, il faut s'aimer!"

Il me rétorqua: - :" Mais, ça existe les coups de foudre, moi, je suis amoureux et je suis prêt à te rendre heureuse, tu le mérites, tu as tout pour plaire à un homme et le rendre fou d'amour, comment peut-on te faire du mal?"

Cet homme me regardait avec adoration, comme si j’étais la huitième merveille du monde, il avait une telle admiration dans le regard, qu'il redorait mon image imparfaite, ternie par ma rupture avec " l'autre ".
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Lundi 29 septembre 2008

Il revint quinze jours plus tard, avec ses deux autres fils, François, âgé de 22 ans alors, qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau et qui a la même manière d'être et son plus jeune, Laurent, d'une dizaine d'années. Je les invitais, ainsi que ma fille Emilie et mon futur gendre Sacha, le Dimanche midi, à une fondue chinoise, il y avait aussi ma plus jeune fille Julie. Il arriva à l'heure accompagné de ses fils, un bouquet de fleurs à la main, toujours aussi timide et maladroit, le moins que l'on puisse dire, c'est que je lui faisais de l'effet, il était adorable d'attentions, de prévenances, de galanteries, comme si j'étais quelqu'un de rare et de précieux. Au début du repas devant toute la tablée, il sorti un écrin de sa poche et me le tendit d'un air timide, les yeux baissés. Mon futur gendre s'insurgea:

- :" Non, Papa, qu'est ce que tu fais? Tu ne vas pas commencer?"

Georges répliqua vertement: " Mêle-toi de tes affaires! "

J'étais extrêmement surprise de la soudaineté de ce cadeau n'en comprenant pas trop le sens et de la réaction vive de mon futur gendre, puis de son père. Je fus affreusement gênée par l'atmosphère lourde qui régna alors. Je repoussais l'écrin :

- : " Je ne peux accepter!"

- : "Si, c'est pour toi, tu le mérites, ça me fait plaisir ! " et à l'adresse de son fils Sacha :" Je fais ce que je veux, je suis libre de faire des cadeaux à qui je veux, ne t'en mêle pas, ça ne te regarde pas!"

 Et mon futur gendre de surenchérir: "Oui, mais on te connait, tu recommences!"

Georges se leva, ouvrit l'écrin qui contenait un ravissant pendentif, un rubis serti, accroché à une fine chaîne ras de cou.

-: "C'est pour toi, ça me fait plaisir, accepte le!" Et il me l'accrocha autour du cou.

Je le remerciais et je me sentis incapable  de rendre ce présent. J 'étais sans réaction. Je crois que c'est là qu'a commencé ma fascination inexplicable pour cet homme, j'avais en moi ce petit rien d'héroïque qui m'obligeait à lutter contre ma peine, mais aussi, ce renoncement, cette abdication qui me fît glisser sous le joug impitoyable de la fatalité. Je sentais une telle détermination en lui, une telle force, que je me sentais attirée malgré moi, comme ankylosée par l'amer de mes souvenirs récents. Il était loin d'être beau, mais je regarde toujours au fond des êtres, m'attardant sur leurs qualités de cœur et leurs valeurs, je ne m'attache jamais à l'apparence extérieure. Ce qui fait qu'un être disgracieux, aux yeux des autres, peut trouver plein de charme aux miens. Il avait su être le confident qui noie la douleur, l'ami plein d'attentions, aussi je lui déposais ma peine et ma confiance, sans retenue aucune.
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